Chaillot propose une reconstitution, plus des maquettes évoquant des monuments encore conservés ou disparus sous la pression immobilière.
On ne connaît généralement que leurs lourdes portes cochères et leurs hauts murs. Les hôtels particuliers, édifiés du Moyen Age aux années 1930 symbolisent la vie parisienne et une exception architecturale française. Notons que la province en abrite aussi et qu’une ville sous influence française, comme Genève au XVIIIe siècle, possède les siens. La Cité de l’Architecture invite aujourd’hui à leur visite.
Illustrant l’art de vivre d’exception, l’hôtel particulier, surnommé «le château à la ville», reste le symbole de la demeure urbaine «de rêve». La capitale en compte encore près de 500. Le plus célèbre reste l’Elysée, autrefois hôtel du comte d’Evreux, puis résidence de la Pompadour. «L’hôtel particulier est un modèle iconique de l’architecture à Paris depuis cinq siècles», souligne Alexandre Gady, commissaire de l’exposition. «La cité est couverte d’hôtels particuliers, ce qui constitue une exception culturelle. On ne les retrouve pas dans d’autres capitales, où les palais se sont vus préférés.».
Le porche et la cour
Depuis le XVe siècle jusqu’aux dernières édifications des débuts du XXe siècle, ce type de résidence présente les mêmes éléments. Il y a un large porche pour laisser passer les carrosses d’hier et les limousines d’aujourd’hui. Une cour pavée, avec ou sans communs donnant sur un bâtiment principal. Celui-ci est formé de vastes pièces de réception, ouvertes sur un jardin à l’arrière.
Pour cette exposition, la première organisée sur ce thème, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine a reconstitué un bâtiment avec son enfilade de réceptions. Le visiteur faisait antichambre dans le hall, avant de pénétrer dans les pièces principales richement parquetées et meublées. Après la galerie de portraits, ouverte sur un jardin animé de treillages, le visiteur découvre grâce à de grandes maquettes plusieurs réalisations emblématiques, dont Cluny, l’une des plus anciennes. De nombreux tableaux, dessins et plans d’époque évoquent nombre d’autres demeures parisiennes d’exception existantes ou disparues.
Un rêve social
«Recevoir en son hôtel était une des ambitions de tout parisien désirant réussir et être respecté de son entourage. Le mythe fait partie de notre imaginaire», observe François de Mazières, président de la Cité de l’architecture. Le Marais concentre quelques réalisations de charme dont l’hôtel Ferlet construit rue Michel-le-Comte, bâti sur commande du trésorier des gardes suisses en 1728. Restauré à l’identique, il se voit désormais découpé en appartements. Sur l’Ile Saint-Louis, l’hôtel Lambert a été conçu par Louis Le Vau, premier architecte de Versailles. Ancienne propriété des Rothschild, ce joyau vient d’être racheté par le Qatar, créant ainsi de fortes polémiques autour de son réaménagement.
Conçu pour de fastueuses réceptions, le Palais Rose, se vit créé vers 1900 avenue Foch par un grand dandy, Boni de Castellane (avec l’argent de sa femme, née Gould). L’édifice revit grâce à cette exposition. Cette folie architecturale, copie du Grand Trianon, a été sottement détruite en 1969. Les autorités patrimoniales de l’époque avaient accordé le permis de démolir «étant donné que l’original est à Versailles». Désormais, les hôtels survivants bénéficient d’une inscription au moins ou d’un classement en tant que «monument historique».
Vitruve Associés SA, rue du Général Dufour 22, 1204 Genève, Suisse
+41 22 719 01 09 -